Gérer l'explosion des déchets plastiques et lutter contre la pauvreté: le projet de coopératives de chiffonniers de Danone en Indonésie


Enjeux:

Si la conquête de nouveaux marchés de consommation dans les pays émergents peut se présenter comme une grande opportunité économique pour les multinationales, elle provoque de réels impacts négatifs sur l'environnement. La diffusion de nouveaux biens de consommation dans ces pays multiplie forcément la masse des déchets, notamment des emballages des produits. Or la diffusion de la consommation de masse "à l'occidentale" ne va pas toujours de pair avec la mise en place de politiques de gestion des déchets efficaces (collecte, traitement et recyclage). Concilier consommation, durabilité environnementale et développement social relève d'un véritable défi pour les entreprises.

Le groupe Danone est présent depuis 1999 en Indonésie, où il est devenu leader du marché des eaux en bouteille, suite au rachat de l'entreprise indonésienne Aqua. Dans le cadre du fond de dotation Danone pour l'écosystème (2009)1 et en adéquation avec une loi nationale sur la gestion des déchets votée en 2008, la filiale indonésienne a mis en place un projet d'empowerment des chiffonniers (les "pemulungs") en créant des coopératives de recyclage. Le projet répond aux enjeux du développement durable, en accord avec le "double projet" historique du groupe2:
  • approche environnementale: la massification de la production de déchets plastiques (ici le PET), dans des pays émergents dont les systèmes de gestion des déchets sont insuffisants, pose un vrai problème de durabilité environnementale. L'introduction de plastique recyclé dans les bouteilles Danone Aqua est une manière de redonner une valeur économique à ces déchets non-recyclables et donc d'encourager leur récupération.
  • approche sociétale: le plastique PET constitue un tiers et la moitié des matériaux collectés par les chiffonniers indonésiens. Ceux-ci sont majoritairement des migrants, vivant dans une situation de précarité et de dépendance économique vis-à-vis des intermédiaires (les "bandars"). La formation de coopératives peut contribuer à la stabilisation de leur emploi, à l'accès aux services sociaux et de micro-finance, ainsi qu'à la reconnaissance de leur activité par les autorités publiques. La création de nouvelles structures d'organisation collective participe à l'empowerment (l'accès à l'autonomie) de ces urbains pauvres.
Ce projet de nature hybride, empruntant au modèle du social business, témoigne du souci de trouver des solutions innovantes au service de la lutte contre la pauvreté et du développement économique local, tout en réduisant les effets négatifs des modèles de la consommation de masse. Il n'est pour l'instant développé que dans trois villes: Tangerang, Bandung et Denpasar (voir carte).

Tri du plastique par des femmes - Indonésie 2011

Pemulungs travaillant à la collecte puis au tri des bouteilles plastiques - Indonésie
(photos prises en mai 2011 par C. Renouard)